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Intervention de Monsieur ZHANG Guobin, Consul général de Chine à Strasbourg à la Conférence « Rite, Rituel et Protocole entre la Chine et l'Occident » dans le cadre du Festival international de Géographie
2013/10/07

 

Intervention de Monsieur ZHANG Guobin, Consul général de Chine à Strasbourg à la Conférence « Rite, Rituel et Protocole entre la Chine et l'Occident » dans le cadre du Festival international de Géographie

 

( le 4 octobre 2013, Saint-Dié-des-Vosges)

 

 

 

Mesdames, Messieurs et chers amis,

 

C'est avec un grand plaisir que je suis parmi vous aujourd'hui, pour discuter ensemble de la culture chinoise. Vous vous appliquez tous depuis longtemps à améliorer la compréhension mutuelle entre les peuples chinois et français, ainsi qu'à promouvoir le développement des relations bilatérales, et vous y apportez une contribution remarquable. C'est pourquoi je tiens à profiter de cette occasion pour vous en remercier sincèrement, en espérant que vous redoublerez encore d'efforts pour devenir des témoins, des constructeurs et des animateurs de l'amitié sino-française.

 

Avec des histoires aussi anciennes que fameuses, la Chine et la France assistent toutes deux au rayonnement de leurs cultures, des cultures qui s'inspirent l'une et l'autre, aussi bien dans les échanges que dans des chocs culturels. La doctrine du Confucianisme, mise en avant par deux philosophes chinois Confucius et Mencius, a exercé une influence notable sur l'Europe du 18ème siècle, au point de devenir une des principales sources de la philosophie des Lumières. Voltaire, préconiseur du Confucianisme, qualifiait d'ailleurs les chinois, dans sa Correspondance littéraire de 1773, comme les « hommes de la terre les plus sages et les mieux gouvernés ».

 

Louis XIV, Roi-soleil, et son contemporain l'Empereur Kangxi de la dynastie des Qing, partageait cet avis sans qu'ils ne se soient jamais rencontrés en personne. Des intellectuels chinois ont alors cherché à introduire le savoir-faire occidental pour compléter ceux de l'orient. Malgré la distance qui nous séparait, le Roi de France a quant à lui, dépêché avec une ferme détermination des missionnaires en Chine, dont certains ont même dispensé des enseignements à l'Empereur chinois, notamment en mathématique, en astronomie et en physique. Aujourd'hui encore, la Cité interdite de Pékin collectionne précieusement une grande quantité d'horloges et de vases en provenance de l'Europe.

 

Mesdames, Messieurs,

 

La culture, forteresse morale d'une nation, influe de manière implicite sur la formation des valeurs idéologiques et la façon de penser et d'agir. A mon avis, une profonde connaissance de la culture chinoise, reste à la fois une nécessité pour tous ceux ayant des contacts avec la Chine, et un outil efficace pour renforcer la confiance en dissipant des malentendus. Vu le temps limité de notre conférence d'aujourd'hui, je tiens à articuler ma brève description de la culture chinoise en quatre mots-clés, à savoir : la bienveillance, la moralité, l'harmonie et la voie.

 

D'abord, la notion de « Bienveillance », qui permet la « purification de l'esprit », fait partie des principes constants de la Chine en matière de gouvernance mondiale.

 

Depuis l'antiquité, la Chine s'identifie comme un pays de rituels. La règle d'or avancée par Confucius « Ne faites pas aux autres ce que vous ne voudriez pas qu'on vous fasse », était la première expression du terme de « bienveillance » prononcée au cours de l'histoire chinoise. Cette notion séculaire a ainsi posé la base de la politique étrangère de la Chine.

 

Deux siècles avant notre ère, la mission de l'exploration de l'ouest par ZHANG Qian ouvrit « la Route de la Soie » et établit le premier échange culturel entre la Chine et l'Europe. Les quatre inventions chinoises, à savoir le papier, l'imprimerie, la boussole et la poudre à canon, ont considérablement contribué au développement socioculturel de l'Europe moderne. Au 15ème siècle, où la Chine comptait parmi les plus grandes puissances du monde, le navigateur ZHENG He effectua sept voyages en mer, pour visiter une trentaine de pays dont la côte Est de l'Afrique, y compris la Somalie, le Kenya et le Mozambique. Il apporta du thé, de la soie et des porcelaines des pays qu'il a pu visiter, sans provoquer de colonisation ni de guerre, et dans l'objectif de transmettre la bienveillance au monde entier.

 

La Chine demeure et restera toujours un pays qui poursuit la paix et le développement. Sur la base des cinq principes de coexistence pacifique, nous sommes prêts à développer, de manière générale, la coopération amicale avec tous les pays, grâce à l'établissement de nouveaux partenariats avec les grandes puissances, grâce au raffermissement des liens amicaux avec les pays voisins, ou encore au renforcement de la solidarité et de la coopération avec les pays en développement.

 

Nous sommes déterminés à poursuivre une politique étrangère d'indépendance et de paix, à défendre fermement les intérêts généraux de souveraineté, de sécurité et de développement, et encore à résoudre des conflits internationaux et des dossiers complexes de manière pacifique, tout en s'opposant à l'hégémonisme et la politique du plus fort. Par ailleurs, nous pratiquons une stratégie d'ouverture au gré des avantages mutuels et du gagnant-gagnant. En effet, la Chine contribue à la paix mondiale par son propre développement, et par le même élan, elle se développe au mieux dans un monde pacifique.

 

Le deuxième mot-clé est celui de « Moralité ». Avec pour mission d'« aider les pauvres du monde entier », la moralité est incarnée dans l'aspiration chinoise.

 

Mencius, penseur et philosophe de la Chine ancienne, a dit, « J'aime la vie, et j'aime aussi la justice. Si je ne puis garder les deux à la fois, je sacrifierai ma vie, et je garderai la justice. » C'est ainsi que la nation chinoise poursuit depuis longtemps un code d'éthique et de conduite, qui place la justice au-dessus des gains matériels. Deux des quatre romans classiques chinois les plus célèbres, « Les trois Royaumes » et « Au bord de l'eau », racontent des histoires de chevalerie, dans lesquelles des hommes vertueux prêtent serment de vivre ou de mourir ensemble, afin de sauver le peuple plongé dans la misère.

 

Dans l'histoire contemporaine, la Chine et les pays en développement se soutiennent sur la base d'une compréhension mutuelle, dans la lutte pour l'émancipation et l'indépendance de leurs peuples. Je me rappelle très bien que, lors de la 26ème Assemblée générale des Nations-unies en 1971, la Chine n'aurait pu rétablir son siège légitime au Conseil de sécurité, sans le soutien précieux de ses amis africains. Le peuple chinois en est encore très reconnaissant et n'oubliera jamais cet épisode de l'histoire.

 

Dès lors, la Chine défend fermement le principe d'équité et de justice dans les affaires internationales en faveur des pays en développement, notamment des pays africains. Fidèles à la politique des bénéfices réciproques et du gagnant-gagnant, ainsi qu'à celle du développement commun, nous leur apportons des aides de façon constructive et dans la mesure de nos moyens. Nous poursuivons ainsi une volonté de leur apprendre à pêcher plutôt que de leur donner du simple poisson. Jusqu'en 2009, la Chine a accordé aux pays en développement plus de 256,2 milliards de yuan, soit plus de 32 milliards d'euro, afin de renforcer leur capacité d'auto-développement.

 

Les nouveaux dirigeants chinois, dans la continuïté de la culture chinoise et de la belle tradition diplomatique, font valoir une juste conception de la moralité et de l'intérêt à l'heure actuelle. « La moralité » doit permettre un bonheur et une prospérité partagés par l'ensemble des peuples, grâce à un développement commun des pays. « L'intérêt » signifie le bénéfice réciproque, le gagnant-gagnant et des aides octroyées aux pays en voie de développement. Il s'agit toujours de mieux prendre en compte la moralité, et de nous garder de rechercher des profits aux dépens d'autrui. Le gouvernement chinois tiendra ses promesses et restera pour toujours un ami et partenaire digne de foi pour les pays du monde.

 

Troisièmement, « l'Harmonie » se traduit par la « recherche de la convergence de vues, tout en mettant de côté les divergences », c'est là que veut se porter la sagesse chinoise pour régler les affaires de toute sorte.

 

Tant par son histoire que par sa culture, la société occidentale tend à faire valoir « l'individualisme », tandis que la Chine préconise la valeur de l'harmonie. Dès le 3ème siècle avant notre ère, Tchuouang-tseu, un des cofondateurs du taoïsme, a avancé l'idée de l'harmonie entre le Ciel et l'Homme. A l'heure actuelle, l'harmonie reste chère au développement chinois, et reste aussi un objectif très recherché par le peuple chinois.

 

Nous continuons à tout faire pour le bien de l'homme et nous efforçons d'assurer des revenus plus élevés, des emplois plus abondants, un ciel plus bleu, des eaux plus saines et une protection sociale plus complète. Sur cette base, les dirigeants chinois ont fixé deux grands objectifs à atteindre : à savoir, lors du centenaire de la création du Parti communiste chinois en 2021, la mise en place d'une société d'aisance totale et globale. En outre, d'ici 2049, lorsque la Chine aura célébré le centenaire de sa fondation, le pays se devra de devenir un Etat socialiste moderne.

 

La réalisation du grand renouveau de la nation chinoise restera toujours pour nous « le rêve chinois », qui profitera non seulement au peuple chinois, mais également au monde entier. Après son adhésion à l'OMC, la Chine a importé des marchandises de plus de 750 milliards de dollars par an, ce qui signifie la création de 140 millions d'emplois. Dans un contexte de crise économique et financière, la Chine a contribué à un quart de la croissance économique mondiale. Dans les cinq ans à venir, les marchandises importées par la Chine s'établiront à 10 000 milliards de dollars, et ses investissements étrangers se situeront à plus de 500 milliards de dollars. Le peuple chinois est prêt, de concert avec la communauté internationale, à redoubler d'efforts pour réaliser le rêve mondial de paix durable et de prospérité partagée, tout en apportant sa propre contribution à cette sublime cause de l'humanité.

 

En dernier lieu, la notion de « Voie », qui consiste à « suivre dans notre développement le sens de l'histoire », constitue un bel espoir du peuple chinois.

 

Lao Tseu, représentant de l'Ecole de la Loi pendant la période du Printemps et de l'Autonme dans l'histoire chinoise (770-476 avant J.-C.), a exprimé dans le « Livre de la voie et de la vertu » cette volonté de « survivre en suivant la nature », qui deviendra plus tard l'une des stratégies fondamentales de Chine, stratégies qui ont contribué dans une certaine mesure à la stabilité du pays. Depuis des siècles, le peuple chinois cherche toujours à enrichir cette notion avec des facettes nouvelles.

 

Après le déclenchement de la Guerre de l'Opium, le peuple chinois espérait instaurer un nouveau régime comme la restauration de Meiji au Japon, mais celui-ci s'est soldé par la répression impitoyable des pro-féodalistes. Des chinois ont également voulu créer une démocratie de style occidental par une révolution capitaliste, mais la Chine s'en est retrouvée en graves conflits et en pleine division. A la suite d'incessantes explorations, la Chine a finalement trouvé une voie de développement, adaptée à la réalité nationale, et établi progressivement un système politique d'Assemblée populaire, complété par un système de coopération multipartite et de consultation politique sous la direction du PCC. La Chine connait également un système d'économie socialiste, caractérisé par un développement commun de divers types de propriétés, prédominées par le secteur public.

 

Grâce à d'inlassables efforts de 30 ans, la Chine a remporté des exploits remarquables : plus de 200 millions d'habitants sont sortis de la pauvreté et 1,3 milliard d'habitants sont désormais couverts par les services publiques en matière de nourriture, de logement, d'éducation ou encore de soins de santé. Cependant, nous sommes confrontés à des problèmes saillants de déséquilibre, de manque d'harmonie et de non-durabilité de notre développement. La contradiction entre le développement économique, l'environnement et les ressources naturelles s'exacerbe. Récemment, dans le cadre de la création d'une version améliorée de l'économie chinoise, les dirigeants chinois ont mis en oeuvre une série de nouvelles mesures, notamment en matière de rationalisation des actions publiques et de délégation du pouvoir, afin d'ouvrir une nouvelle ère du développement chinois. La réussite du modèle chinois nous amène à croire avec conviction que, la Chine enregistrera de nouveaux progrès sous la bannière socialiste dans le futur. 

 

Mesdames, Messieurs,

 

Le respect de l'indépendance et du développement des différentes cultures, aussi bien que le renforcement des échanges et de la coopération culturels constituent des conditions préalables, à la préservation de la diversité cuturelle mondiale. Le gouvernement chinois respecte la diversité culturelle, et se prononce pour le droit des différents peuples à choisir leur modèle social et leur chemin de développement. Nous encourageons l'inclusivité et la complémentarité mutuelle et la promotion des échanges de la civilisation humaine.

 

Grâce à la mondialisation, les pays du monde, liés l'un à l'autre de manière inextricable, sont devenus une communauté d'intérêts. J'espère sincèrement que, la Chine comme la France pourront apprendre des points forts de l'autre, par le biais de divers coopérations et échanges, afin de conjuguer nos efforts pour promouvoir un monde harmonieux, caractérisé par la paix durable et la prospérité partagée.

 

Pour conclure mon intervention, je me permets de citer un extrait du discours de l'ancien Premier ministre français Jean-Pierre Raffarin, « Entre la Chine et la France, la dimension culturelle est consubstantielle à notre amitié et à notre compréhension du monde. L'avenir économique et politique de la relation franco-chinoise dépendra de notre fidélité en lien culturel entre les deux pays. Entre nous, la culture chasse les peurs... »

 

Je vous remercie.

 

Maintenant, je suis prêt à répondre à vos questions.

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