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Les zones économiques à la pointe des futures réforme de la Chine
2010/09/23

 

 

Comme il gagne seulement 3 000 yuans par mois, Yang Shanshan -un ouvrier migrant de 25 ans- ne peut pas se permettre de louer un appartement à proximité de son travail. Voilà pourquoi il fait chaque jour trois heures de bus pour se rendre de sa résidence à Bao'an à son bureau à Futian.

Bien que les deux arrondissements fassent partie de la juridiction de la municipalité de Shenzhen, il y a un contraste frappant entre la forêt de gratte-ciel étincelante bordée de larges avenues qu'est Futian , et Bao'an, une cité grouillante et chaotique.

« Futian a des meilleures infrastructures », dit Yang. « Je voudrais déménager là-bas, mais Bao'an est beaucoup moins cher ».

Pour les centaines de milliers de travailleurs migrants de Shenzhen, mener une vie confortable et abordable pourrai bientôt ne plus être un rêve lointain. En effet, le gouvernement central chinois a approuvé le 1er juillet 2010 une extension de la zone économique spéciale (ZES) de Shenzhen à l'ensemble de la ville. Auparavant, celle-ci était confinée à une zone de 396 km²,.

En conséquence, la législation de la ZES peut être appliquée à toute la ville, ce qui permet ainsi au gouvernement de soutenir les infrastructures et l'économie de Bao'an et Longgang, deux arrondissements moins développés.

Le même jour, la ZES de Xiamen (une autre pionnière depuis 1980 des réformes économiques et des politiques d'ouverture située sur la côte orientale du pays) a également été élargie pour couvrir toute la ville de Xiamen, en passant ainsi de 131 km² à 1 573 km².

Chen Biao, vice-président du Comité permanent de l'Assemblée populaire pour la municipalité de Shenzhen, a jugé que l'extension n'était pas seulement géographique. Pour lui, « elle reflète l'intention du gouvernement central de diversifier les activités des zones économiques historiques. »

D'après Chen Biao, bien que son économie ait connu un développement remarquable au cours des 30 dernières années, la Chine a toujours des problèmes et est en période de transition.

A Shenzhen, par exemple, le produit intérieur brut (PIB) est passé de 196 millions de yuans en 1979 à 820 milliards de yuans en 2009. Le phénomène de la « célérité de Shenzhen » a poussé de nombreuses villes du pays à copier son modèle.

 Outre le développement déséquilibré des arrondissements, de nouveaux problèmes ont surgi à Shenzhen. Il y a ainsi le cas de l'ancien maire Xu Zongheng, limogé en août pour abus de pouvoir et favoritisme. Mais aussi, le suicide récent de 12 jeunes employés de Foxconn à Shenzhen.

Guo Wanda, le vice-président de l'Institut pour le Développement de Chine basé à Shenzhen, qualifie ces deux cas de « preuves convaincantes » que la croissance économique seule ne peut pas garantir un gouvernement axé sur le service et la satisfaction du peuple.

« Des problèmes épineux tels que l'accroissement de l'écart entre riches et pauvres, la corruption, le développement déséquilibré et des services publics insuffisants doivent être traités aussi vite que possible » selon lui.

La « zone économique » était autrefois un synonyme de « politiques préférentielles », car le gouvernement central permettait à ces espaces d'explorer et d'expérimenter pour tout le pays.

Après avoir constaté les bénéfices des quatre premières zones économiques  (Shenzhen, Shantou, Zhuhai et Xiamen) ; la Chine a ouvert 14 villes supplémentaires le long de la côte orientale en 1984. En 1990, c'était au tour du nouvel arrondissement de Pudong à Shanghai de devenir une zone économique spéciale.

En 1992, la stratégie d'ouverture a été déplacée vers le centre et l'ouest de la Chine. Trente-quatre villes de l'intérieur du pays ont ainsi été sélectionnées pour la réforme portant sur le régime de propriété des entreprises publiques.

Au début de la réforme, la croissance économique était la priorité essentielle, forçant les responsables locaux à élaborer des mesures propices à l'expansion de l'économie.

« À ce stade, les responsables gouvernementaux jouaient le rôle des entrepreneurs. Certaines de ces percées -comme la vente aux enchères et le transfert des droits d'utilisation des terres- étaient même contraires à la Constitution de l'époque. La volonté de réforme a été formidable et irrépressible », s'est souvenu M. Guo.

Cependant, les politiques préférentielles précédemment réservées aux villes pilotes et aux zones économiques se sont généralisées dans tout le pays, après l'adhésion de la Chine à l'Organisation mondiale du commerce en 2001.

« Le débat sur la nécessité de zones économiques va et vient, mais le rythme des réformes du pays n'a, lui, jamais ralenti», explique Tan Gang, le vice-président de l'Ecole du Parti communiste chinois pour la municipalité de Shenzhen.

Depuis 2005, des nouveaux « fers de lances » ont été désignés : la nouvelle zone consacrée aux technologies de pointe de Pudong à Shanghai et la nouvelle zone de Binhai à Tianjin consacrée à la réforme financière, la zone de réforme Chongqing-Chengdu pour le développement coordonné entre les villes et les régions rurales, la zone d'essai Wuhan-Changsha-Zhuzhou-Xiangtan pour une économie respectueuse de l'environnement, ainsi que la zone économique de Kachgar pour stimuler le développement du Xinjiang.

« Par rapport aux zones économiques et aux villes pilotes de jadis, ces nouveaux fers de lances sont des villes, des provinces ou des districts. Elles dépassent le domaine économique et traitent de champs sociaux complexes. Et le sens de l'ouverture du pays a été élargi, passant ainsi d'une stimulation des investissements étrangers et du commerce, à l'amélioration de la collaboration entre les régions dans le pays », a jugé M. Tan.

Wang Rong, le secrétaire du Comité du Parti communiste chinois pour la municipalité de Shenzhen, prédit une concurrence féroce entre les villes qui sont les fers de lance de la réformes dans le pays.

Alors que la ville de Shenzhen fête cette année le 30e anniversaire de l'établissement de la première zone économique de Chine, Wang Rong a indiqué que Shenzhen continuerait à jouer un rôle dans la restructuration des systèmes politiques et sociaux du pays.

Visant à développer une ville internationale et moderne qui serait l'égale de Hong Kong et de Singapour, les dirigeants de Shenzhen espèrent montrer l'exemple en construisant une société moderne, démocratique et ouverte.

Bien que les détails des plans de réforme fassent toujours débat, les cercles de reflexion proches des autorités locales ont de grandes ambitions concernant la future réforme de Shenzhen.

« Si vous voulez vous pencher sur l'avenir de la Chine, vous devriez étudier l'exemple de Shenzhen, car de nombreux problèmes auxquels fait face cette ville pourraient bien apparaître ailleurs », selon Guo Wanda.

Avec un PIB par habitant de 13 000 dollars l'année dernière, Shenzhen est devenue une économie développée. Mais la croissance est loin d'être efficace et intensive. Les chiffres officiels montrent que son PIB n'est que la moitié de celui de Hong Kong, avec une population et une superficie qui en est le double.

D'après Wang Rong, une tâche prioritaire et imminente pour Shenzhen est l'urbanisation, c'est-à-dire le développement des villes. Avec l'afflux des habitants vers les villes, le gouvernement doit s'efforcer d'améliorer leurs capacités et d'améliorer l'utilisation efficace des terres, des énergies et des autres ressources, sous peine de voir la Chine devenir incapable de soutenir son développement rapide, a-t-il indiqué.

D'après Guo Wanda, le gouvernement doit aussi édifier des villes confortables en développant la démocratie de base, en encourageant les responsabilités publiques, et, en améliorant la transparence dans les affaires gouvernementales.

« L'essor de l'économie chinoise engendrera inévitablement une croissance explosive de la classe moyenne », a-t-il déclaré. « Quand ce jour viendra, les citoyens seront plus conscients de leurs droits et ils demanderont une économie de marché encadrée par la loi et le droit, et ils exprimerons des opinions individuelles plus diversifiées ».

Lors d'une visite en août à Shenzhen, le Premier ministre Wen Jiabao a souligné que l'innovation doit toujours être « l'âme et la vie » des fers de lances de la réforme chinoise.

« La Chine doit faire avancer non seulement sa restructuration économique, mais aussi sa restructuration politique. Sans les garanties d'une restructuration politique, la Chine pourrait même perdre les progrès déjà obtenus dans sa restructuration économique, et les objectifs de modernisation pourraient ne jamais être atteints », a-t-il conclu.

 

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